mardi 3 avril 2012

Leçons


Voilà déjà un mois que je n’ai rien écrit... Pourquoi ? A vrai dire je ne sais pas. Peut-être parce que dernièrement, mettre par écrit ce qu’il se passe dans ma vie est devenu trop dur. Car écrire quelque chose, c’est le rendre réel. Et quelque par je ne veux pas, enfin plutôt je n’arrive pas à accepter que toutes ces horribles choses existent vraiment. En réalité, je crois qu’au fond de moi, je continue à espérer que tout cela n’est qu’un mauvais rêve.
Enfin bref, passons. Dans un précèdent commentaire, Sarah a parlé de tirer des leçons de chaque chose, bonne ou mauvaise, que nous apporte la vie. Cela faisait déjà quelques temps que cette idée me trottait dans la tête mais c’est ce commentaire  qui m’a vraiment décidée à en parler. Alors ça y est je me lance.
Je crois que la chose la plus importante que ces quatre derniers mois m’ont appris c’est que de toute situation, aussi terrible qu’elle paraisse, on peut tirer quelque chose de positif. Dit de cette manière, cela peut paraître simple, voire simpliste. Mais cela ne l’est absolument pas. Voyez-vous, il est très difficile, lorsque que l’on est au beau milieu d’une douloureuse crise d’angoisse par exemple, en train de livrer combat contre son for-intérieur, de se dire « Alors, alors, quel est le côté positif de ma situation ? ». Mais une fois remise de mes émotions, j’essaie, la plupart du temps , de trouver du bon à ce je viens de subir. Et croyez-le ou non ça aide. C’est comme faire un pied de nez à votre maladie qui voudrait dire « Regarde ma vieille, tu peux me faire tout ce que tu veux, j’y trouverai toujours du bon ! ». Je ne vous cache pas que ce n’est pas toujours évident !
Cette maladie m’a également fait comprendre une chose essentielle. Le bonheur est rare et éphémère, surtout dans ma situation. Alors il faut savoir le reconnaître quand il se présente. Et surtout en profiter, il faut absolument en profiter. Je vous dis ça mais je ne le fait pas toujours. Pourtant je devrai. Car aujourd’hui, à cause de ce qui me dévore de l’intérieur,  les instants de joie se font de plus en plus rares et par conséquent de plus en plus précieux. Et pourtant, c’est à eux qu’à présent je m’accroche pour tenter de ne pas perdre pied. Car si c’était le cas, je ne suis pas sure que j’aurai la force de me relever.
Voilà les deux véritables leçons de vie que j’ai comprises et assimilées. J’ai aussi appris plein d’autres choses, plus petites, voire minimes, mais certainement pas insignifiantes qui m’aident à réapprendre à vivre.
 Alors voilà, la phobie scolaire et la phobie sociale ont détruits ou du moins chamboulé énormément de choses dans ma vie auxquelles je tenais beaucoup.. Mais elle ne m’a pas tout pris. Mieux encore, elle m’a appris, ou tout d moins comprendre, certains aspects de la vie.
Et même si aujourd’hui je ne suis pas bien, je sais que je sortirai abîmée, mais surtout grandie de cette maladie. Je ne souhaite à personne d’être à ma place en ce moment, pas même mon pire ennemie. Mais, malheureusement c’est le cas, s’il vous plaît, pensez à ce que je viens de vous dire. Car le seul moment de s’en sortir, c’est d’être plus fort. Et pour cela, il vous absolument que vous tireriez le maximum de leçons de ce qui vous arrive. Alors, peu à peu, vous vous forgerez une armure qui vous aidera à résister.

R.

mardi 6 mars 2012

Dépendance

Je ne sais jamais comment commencer,  comment m’y prendre pour vous faire comprendre tout ce j’ai envie de partager. D’ailleurs à présent je ne sais plus rien. Cependant ça n’a pas toujours été le cas.
Vous voyez ces gens insupportables qui pensent tout savoir et qui préfèrent mentir plutôt que d’admettre qu’ils ne connaissent pas quelque chose ? Ou bien qu’ils ont tort ? J’en faisais partie, enfin la plupart du temps. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’à force de faire croire aux autres qu’on a confiance en soi, on finit par le croire.
Et, comme Ralph Waldo Emerson l’a justement dit, « La confiance en soi est le premier secret du succès. ».  Et le succès, j’en rêvais. Rassurez- vous, j’en rêve encore  mais j’y crois de moins en moins… Alors avoir de l’assurance, ou tout du moins le prétendre, m’a permis de  nourrir de grandes, voire d’immenses ambitions. Ah ! Qu’est-ce que j’en ai rêvé de cette fameuse réussite sociale et professionnelle à laquelle la plupart des gens tentent d’accéder !
Mais voilà, en réalité, de l’assurance je n’en ai absolument pas, mais alors pas du tout. Et c’est une des raisons pour laquelle aujourd’hui je suis seule chez moi, au beau milieu de l’après-midi, tandis que des millions de jeunes sont à l’école, en train de réaliser qu’une bonne partie de ma vie est bâtie sur un mensonge, auquel j’avais presque réussi à croire. Voilà pourquoi aujourd’hui je suis si mal, pourquoi je pleure tous les jours, pourquoi je n’arrive plus à sortir de chez moi sans avoir à me forcer.
Mais ce n’est pas le pire, en tout cas pas pour l’instant. Non, aujourd’hui ce qui me blesse le plus, ce qui me rend malade, c’est de réaliser à quel point je suis devenue dépendante de tous ceux qui m’entourent. Avant, j’adorais faire plein de chose par moi-même, sans avoir besoin de demander de l’aide à quiconque. Je ne me rendais pas compte de la chance que j’avais,  sinon j’en aurai bien plus profité… A présent c’est tout le contraire. A chaque crise, je monopolise l’attention et le temps de mes proches car je suis absolument incapable de m’en sortir seule. Parfois, après certains moments particulièrement difficiles, je n’arrive plus à parler, à marcher. Alors j’ai besoin d’aide pour me lever, pour descendre les escaliers, pour faire quelques pas. Cependant je crois que ce qui est le plus douloureux, en tout cas à l’heure actuelle, c’est de regarder mon petit frère, de 5 ans mon cadet, prendre soin de moi lorsque nous sommes seuls à la maison et de savoir qu’il fait des cauchemars toutes les nuits depuis que je suis malade. A cause de moi. Tout cela à cause de moi.
Alors si vous n’aviez toujours pas compris pourquoi ce blog s’appelle ainsi, je crois qu’à présent le message est clair. Un fardeau, un poids, un boulet… Incapable d’accomplir quoi que ce soit par moi-même, obligée de toujours compter sur les autres, perpétuelle source de contraintes et d’inquiétudes…  Voilà ce que je suis devenue et croyez-moi, c’est un sentiment particulièrement désagréable.
Parfois, je me dis que je préférerai avoir une « vraie » maladie. Comme un cancer par exemple. Pourquoi ? Tout simplement parce que même si elle est souvent malheureuse, un cancer a une fin. Et une fois cette fin atteinte, toutes les souffrances que vous avez endurées s’envolent. Or les phobies scolaires et sociales, elles, n’en ont pas. On ne guéri jamais complétement.
J’ai conscience que ce discours est particulièrement pessimiste mais il n’est que le reflet de ce que j’ai ressenti ces derniers jours qui ont été, particulièrement éprouvants. Alors s’il vous plaît, ne me jugez pas.
R.

mardi 28 février 2012

Supporteriez vous une journée à notre place?


En moyenne, une journée type dure entre 12 et 14 heures. Soit environ 780 minutes. 780 longues, voire interminables minutes durant lesquelles il faut s’occuper le corps et l’esprit. Facile, ou tout du moins faisable pour la plupart des gens. Mais pas pour nous. Voyez-vous, ce que ceux qui ne vivent pas avec nous ignorent, c’est que notre quotidien est devenu synonyme d’enfer. Chaque journée se transforme alors en véritable obstacle à surmonter. Alors aujourd’hui je vous propose de de vous mettre à la place d’un phobique scolaire pour une journée.
Premièrement, il faut se lever. Dis comme cela, ça paraît simple mais croyez-moi ça ne l’est pas, absolument pas. Bien au contraire. Avant, avant que tout cela ne m’arrive, j’avais l’habitude d’être debout à la première sonnerie de mon réveil. A présent, il faut que je mette deux alarmes puis que mon père vienne dans ma chambre ouvrir les volets  pour qu’enfin, j’arrive difficilement  à sortir d’un sommeil agité. Alors commence une longue lutte contre moi-même afin d’arriver à poser mes deux pieds à terre. Pour tous ceux qui n’ont jamais été atteints de phobie scolaire, cela vous paraîtra peut être exagéré ou irréaliste.  J’aimerai tant que ce soit le cas, que vous ayez raison, que je sois en train d’accentuer la réalité.  Mais malheureusement pour moi, pour mes proches et pour tous les autres phobiques scolaires, ça ne l’est pas. Mais bref, revenons à nos moutons.
Alors voilà, vous avez enfin réussi à vous lever, avec plus ou moins de mal selon la journée qui s’annonce. A présent il faut vous habiller. Mais à quoi bon ? Après tout comme la plupart des jours vous ne sortirez pas, ou très peu, vous ne verrez personne, excepté votre famille, et vous ne ferez rien d’intéressant. Voilà ce qu’est devenu votre quotidien. Mais bon vous le faîtes quand même car c’est ce qu’on vous a appris. Ça fait partie des règles de vie qui régissent notre société et dans lesquelles vous avez été baignés depuis votre plus tendre enfance.
Puis vous allez manger et peu à peu votre famille s’en va. Vos parents vont travailler, vos frères sœur vont étudier et sans le vouloir ils vous rappellent tous alors que dehors, passé cette porte, il y a un monde, un monde qui ne s’arrête pas, qui ne vous attend pas. Alors votre journée commence véritablement. Imaginez-vous, seul avec vos pensées, dans une maison dont vous finissez par connaitre les moindres recoins, les moindres détails. Selon les jours, vous vivez cette solitude de façon plus ou moins bien. Parfois la journée s’écoule sans même que vous ne vous en rendiez compte. En revanche, la plupart du temps, elle vous semble interminable. Pleurs, angoisses, fatigue, tout est au rendez-vous pour que cette journée vous paraisse la plus longue, la plus difficile et la plus pénible possible.
Heureusement,  quelle que soit la situation, et aussi longue qu’elle vous paraisse, cette journée finira. Mais voilà, la plupart du temps, vous avez beaucoup, que dis je, énormément de mal à vous en persuader.
Enfin vous arrivez au meilleur moment, le coucher… Pour la quasi-totalité des gens, aller au lit à la fin de la journée est synonyme d’apaisement. En effet, lorsqu’ils s’endorment, ils oublient tous leurs soucis et espèrent seulement que la journée du lendemain sera meilleure. Mais pour vous ce n’est pas le cas. Enfiler votre pyjama, ou encore vous glisser dans vos draps, ou enfin éteindre la lumière, sera comparable à une véritable torture et provoquera presque immanquablement des crises d’angoisses de violence croissante qui vous feront souffrir un peu plus chaque jour.
 Alors à présent je vous demande: supporteriez vous une journée à notre place?
Donc voilà, j’espère que, par ces quelques lignes, vous aurez compris que, pour nous, les phobiques scolaires, chaque action quotidienne telle que se lever, s’habiller se coucher, qui pour vous sont si simples à accomplir, nous prennent un temps et une énergie considérable.
                Enfin, je voudrai conclure cet article par vous donner les raisons pour lesquelles j’ai choisi d’aborder ce sujet aujourd’hui. En réalité, cet article est destiné à faire comprendre à mes proches, et j’espère aussi aux vôtres par la même occasion,  les répercussions immédiates de cette maladie.
Merci à tous ceux qui me lisent et qui commentent mes articles
R.

dimanche 26 février 2012

Hors du temps

Avez-vous déjà eu l’impression de vivre hors de la réalité ? Hors du temps ? Hors de cette société réglée comme du papier à musique ? Je suis sûre que oui. Alors vous devez savoir à quel point c’est frustrant, déroutant mais par-dessus tout, extrêmement désagréable. Mais, heureusement, normalement, cette sensation ne dure pas : elle est rare et éphémère, comme les éclipses.
Pourquoi ai-je décidé d’aborder ce sujet aujourd’hui ? Tout simplement car ce que beaucoup ignorent, c’est que dans notre cas, ce sentiment est permanent. Son processus d’installation est lent, mais fatal.
Peu à peu, on s’isole inconsciemment du monde dans lequel on vit ainsi que de ses acteurs. On coupe les ponts avec ce qui nous fait peur pour tenter de fuir nos angoisses. Mais voilà, la solitude dans laquelle on s’enferme alors est pire que ce monde extérieur qui nous effraie tant car elle nous ronge sournoisement un peu plus chaque jour. En effet, seul, on se retrouve face à ses démons. Mais malheureusement, nous n’avons pas conscience de tout cela. Or, l’histoire nous a montré que vivre hors de la réalité peut être fatal.
Aujourd’hui, enfin depuis un peu plus de deux mois, j’ai l’impression de vivre un cauchemar éveillée, et ce cauchemar est si douloureux, si effrayant, que je n’arrive pas à réaliser qu’il n’en est en réalité pas un et que  tout cela, tout ce qu’endure, tout ce que je vis, est réel, et que par conséquent, non, je ne me réveillerais pas. Pourtant j’aimerai tant que cela ne soit jamais arrivé. Mieux, j’aimerai, comme beaucoup d’entre nous je pense, être « normale ».
Rousseau a écrit, « Le monde de la réalité a ses limites ; le monde de l’imagination est sans frontières. ». Malheureusement pour nous, il a raison. Le monde de l’imagination dans lequel nous, les phobiques scolaires, vivons n’a aucune limite et n’est régit par aucune règle. Et en réalité, c’est, à mes yeux, ce qui nous pose problème. En vivant en marge de la société et en laissant libre cours à notre imagination, on ouvre la porte à toutes nos angoisses qui s’installent alors au plus profond de nous où il sera ensuite quasiment impossible de les déloger.
Je n’ai véritablement réalisé que ce que je vivais était parfaitement réel que très récemment. Je ne crois pas me tromper en disant que je n’ai jamais été plus triste, plus dévastée, plus effrayée que lorsque j’ai découvert cette triste nouvelle. Mais à présent j’ai appris à relativiser et à envisager les choses de manière différente. J’ai compris que cette révélation, puis cette phase d’acception dans laquelle je suis aujourd’hui, sont à considérer comme une véritable VICTOIRE sur la vie. Car en acceptant que tout cela existe, j’ai fait un pas de plus sur le long chemin de la guérison.
Tout compte fait, à présent je me dis que la phobie scolaire m’aura, certes, malmenée, abîmée, poussée dans mes plus profonds retranchement et pire encore mais m’aura au moins appris une chose : l’importance d’une victoire. Car aussi petite soit-elle, une victoire est toujours porteuse d’un message d’espoir.
Et ce soir, c’est confiante en l’avenir et pleine d’espoir que je vous quitte. Oui, peut-être que dans un jour, dans une heure, voire même dans quelques minutes je ne serai plus dans cet état d’esprit et que je serai de nouveau en proie à des idées noires. Mais au moins, pendant bref instant, j’aurai été sereine et croyez-moi, cela n’a pas de prix.
Pour conclure, ce soir, je voudrai que, qui que vous soyez et quelle que soit la situation dans laquelle vous êtes, vous sachiez qu’il y a toujours une lueur d’espoir, il suffit d’ouvrir les yeux!

R.


vendredi 17 février 2012

Obsessions


Hantise, idée fixe, manie, obsession, appelez cela comme vous me souhaitez mais au final ça ne change rien. D’ailleurs aucun mot ne sera jamais assez juste, assez puissant, assez précis pour décrire ce sentiment qui s’impose à vous et dont il est alors impossible de se débarrasser. Chacun, au cours de sa vie, a déjà été tourmenté par quelque chose de plus ou moins important. A partir de cet instant, impossible d’y échapper, cette idée ne sortira pas de votre esprit tant que vous ne l’aurait pas satisfaite.

Pourquoi ai-je décidé de parler de cela aujourd’hui ? Tout simplement car bon nombres de phobiques scolaires sont continuellement obsédés par différentes pensées diverses et variées. Parfois même, ces idées fixes deviennent si intenses, si tenaces, qu’elles deviennent  de véritables TOC. Ces derniers s’ajoutent alors à la longue liste des adversaires qu’il faut combattre au quotidien. Car oui, la phobie scolaire est une guerre de tous les jours qui transforme votre corps en un champ de bataille, abîmé peu à peu par tous les combats qui s’y sont déroulés.

Pour ma part la nourriture est devenu mon plus gros ennemi. Pas très original… Mais tenace. Pour tenter d’étouffer mes angoisses, j’ai commencé à manger un peu, beaucoup, énormément. En effet, quoi de plus simple que d’attraper un paquet de gâteau, des bonbons, des chips, pour s’occuper l’esprit dans l’espoir d’oublier, ne serait-ce que quelques instants, ce qui nous arrive. Alors on grignote encore et encore à longueur de temps. Et, fatalement, l’habitude s’installe. Passer quelques heures sans manger devient alors impossible et l’on préfère céder à la tentation plutôt que de se battre encore une nouvelle fois, car la maladie nous a épuisé, pompé jusqu’à la moelle. Mais les conséquences sont sans appel, en tout cas pour moi, : 6 kg en un peu moins de deux mois…
Cependant aujourd’hui je veux vous rassurer et vous transmettre ce message qui me tient tant à cœur : tout est difficile, mais rien n’est impossible. Je lutte, tous les jours, et peu à peu cette terrible habitude s’estompe et mon corps retrouve ses anciennes formes. Quel bonheur, quelle fierté de se dire qu’on a, enfin, gagné une bataille, certes minime mais si plaisante. Toutefois, je ne vous cacherai pas que, parfois,  c’est dur de résister , voire même impossible, et que, s’en sans rendre compte, on a englouti les trois quarts d’un paquet de chips en 5 minutes.

Jean grenier, qui a enseigné la philosophie à Camus, a dit : « Ecrire, c’est mettre en ordre ses obsessions. ». Et aujourd’hui, dans cet article, c’est ce que je fais. J’admets que la nourriture m’obsède, me hante même parfois. Et l’admettre c’est progresser sur la voie de la guérison ; Je me bats tous les jours et je ne lâcherai pas, pour moi, pour ma famille et pour vous.

A présent je vous invite à faire de même. Prenez une feuille de papier, et écrivez ce qui vous obsède et vient s’ajouter à cette affreuse maladie que nous avons en commun. Croyez-moi ça aide.
Enfin, je tiens à dédier ces quelques lignes à tous ceux qui ont gagné une bataille, aussi infime soit elle, car cela une reste une victoire. Et oui, vous n’avez pas gagné la guerre, mais vous en prenez le chemin.

R.

jeudi 16 février 2012

J'accuse


Culpabilité : « Sentiment de faute ressenti par un sujet, que celle-ci soit réelle ou imaginaire ». Voilà une définition bien simple pour un sentiment si envahissant, si présent et si destructeur pour nous, les phobiques scolaires.
La phobie scolaire n’est pas une maladie très connue du grand public, bien au contraire. Une bonne partie des gens n’en entendent jamais parler ou très peu. Pire, certains la considèrent comme une « fausse » maladie et l’assimilent à un caprice. Non ! Évidemment que non ! Je ne les comprends pas, ces gens qui arrivent à penser, à se persuader que le refus de leur enfant de se rendre à l’école n’est qu’une banale envie de rester tranquillement chez soi pour éviter un contrôle désagréable.
Alors aujourd’hui je suis furieuse, en colère comme jamais je ne l’ai été            . Mais pas contre ces gens. Non après tout la seule chose qu’on puisse leur reprocher est leur ignorance. En réalité c’est contre le manque de prévention de l’Etat que je m’indigne. Pourquoi les parents et les élèves ne sont-ils jamais informés ? Pourquoi ne passe-t-on jamais dans les classes pour dire aux élèves que ce qu’ils ressentent n’est pas honteux ? Enfin, pourquoi la phobie scolaire n’est pas véritablement reconnue par tous comme une maladie ? Tant de questions qui justifient ma colère à ce jour.
Donc, sans aucune prétention, j’accuse ce système lacunaire qui est responsable d’une grande partie de nos malheurs. Et pour cela je me contenterai de citer Zola, qui résume très bien, en ces quelques phrases, ma fureur contre les agissements de nos politiques et non contre leur personne : « Quant aux gens que j'accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n'ai contre eux ni rancune ni haine.  Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale.  Et l'acte que j'accomplis ici n'est qu'un moyen révolutionnaire pour hâter l'explosion de la vérité et de la justice."
Peut-être que mes propos vont paraitront injustifiés mais qu’importe, car c’est ce que je ressens. Car à cause de cela, depuis un peu plus de deux mois, je suis rongée par un très fort sentiment de culpabilité. Le fait que personne ne m’ait parlé de cette maladie auparavant m’a fait et me fait toujours, sentir coupable de ce qui m’arrive. Nos proches ont beau nous répéter à longueur de temps que ce n’est pas vrai, qu’on y pour rien… Ça n’y change rien. On a toujours, au fond de nous, cette puissante et désagréable impression d’avoir provoqué, d’avoir mérité ce qui nous arrive. Et ça fait mal, très mal.
A présent, pas une journée ne passe sans que je me sente coupable de ne pas aller au lycée. Mais c’est n’est pas tout. Ce sentiment plus que désagréable se manifeste au quotidien, pour des raisons les plus injustifiées les unes que les autres. Tenez, par exemple, hier je me suis accordée un moment de détente après avoir travaillé. Je cousais quelque chose quand soudain, impossible de faire marcher la machine correctement. Je n’ai alors pas pu m’empêcher d’y voir un signe me rappelant que je n’avais pas « mérité » de me reposer et que, par conséquence et par ma faute, la machine avait eu un souci. Stupide, non ?  Évidemment que ce n’est pas vrai ! Je le sais ! Mais je ne peux m’empêcher d’avoir cet énorme nœud à l’estomac ainsi que l’impression d’être responsable de tous mes malheurs, ce qui se solde, chez moi, invariablement par une crise d’angoisse.
Je ne crois me fourvoyer en disant que beaucoup d’entre nous se sentent coupables, responsables, de ce qui leur arrive. Au fond de nous, nous savons bien que c’est faux. Pourtant c’est là, à nos côté, cette intense culpabilité qui nous gâche la vie.
Alors surtout, si vous me lisez, sachez que vous n’êtes pas seul, que je vous comprends et que je ressens la même chose. Continuez à vous battre car « ce qui nous ne tue pas nous rend plus fort ».

R.