Avez-vous déjà eu l’impression de
vivre hors de la réalité ? Hors du temps ? Hors de cette société
réglée comme du papier à musique ? Je suis sûre que oui. Alors vous devez
savoir à quel point c’est frustrant, déroutant mais par-dessus tout, extrêmement
désagréable. Mais, heureusement, normalement, cette sensation ne dure pas :
elle est rare et éphémère, comme les éclipses.
Pourquoi ai-je décidé d’aborder ce
sujet aujourd’hui ? Tout simplement car ce que beaucoup ignorent, c’est
que dans notre cas, ce sentiment est permanent. Son processus d’installation
est lent, mais fatal.
Peu à peu, on s’isole inconsciemment
du monde dans lequel on vit ainsi que de ses acteurs. On coupe les ponts avec
ce qui nous fait peur pour tenter de fuir nos angoisses. Mais voilà, la
solitude dans laquelle on s’enferme alors est pire que ce monde extérieur qui
nous effraie tant car elle nous ronge sournoisement un peu plus chaque jour. En
effet, seul, on se retrouve face à ses démons. Mais malheureusement, nous n’avons
pas conscience de tout cela. Or, l’histoire nous a montré que vivre hors de la
réalité peut être fatal.
Aujourd’hui, enfin depuis un peu plus
de deux mois, j’ai l’impression de vivre un cauchemar éveillée, et ce cauchemar
est si douloureux, si effrayant, que je n’arrive pas à réaliser qu’il n’en est
en réalité pas un et que tout cela, tout
ce qu’endure, tout ce que je vis, est réel, et que par conséquent, non, je ne
me réveillerais pas. Pourtant j’aimerai tant que cela ne soit jamais arrivé.
Mieux, j’aimerai, comme beaucoup d’entre nous je pense, être « normale ».
Rousseau a écrit, « Le monde de la réalité a ses limites ; le monde
de l’imagination est sans frontières. ». Malheureusement pour nous, il a
raison. Le monde de l’imagination dans lequel nous, les phobiques scolaires,
vivons n’a aucune limite et n’est régit par aucune règle. Et en réalité, c’est,
à mes yeux, ce qui nous pose problème. En vivant en marge de la société et en
laissant libre cours à notre imagination, on ouvre la porte à toutes nos
angoisses qui s’installent alors au plus profond de nous où il sera ensuite
quasiment impossible de les déloger.
Je n’ai véritablement réalisé que ce que je vivais était parfaitement réel
que très récemment. Je ne crois pas me tromper en disant que je n’ai jamais été
plus triste, plus dévastée, plus effrayée que lorsque j’ai découvert cette
triste nouvelle. Mais à présent j’ai appris à relativiser et à envisager les
choses de manière différente. J’ai compris que cette révélation, puis cette
phase d’acception dans laquelle je suis aujourd’hui, sont à considérer comme
une véritable VICTOIRE sur la vie. Car en acceptant que tout cela existe, j’ai fait
un pas de plus sur le long chemin de la guérison.
Tout compte fait, à présent je me dis que la phobie scolaire m’aura,
certes, malmenée, abîmée, poussée dans mes plus profonds retranchement et pire
encore mais m’aura au moins appris une chose : l’importance d’une
victoire. Car aussi petite soit-elle, une victoire est toujours porteuse d’un
message d’espoir.
Et ce soir, c’est confiante en l’avenir et pleine d’espoir que je vous
quitte. Oui, peut-être que dans un jour, dans une heure, voire même dans
quelques minutes je ne serai plus dans cet état d’esprit et que je serai de
nouveau en proie à des idées noires. Mais au moins, pendant bref instant, j’aurai
été sereine et croyez-moi, cela n’a pas de prix.
Pour conclure, ce soir, je voudrai que, qui que vous soyez et quelle que
soit la situation dans laquelle vous êtes, vous sachiez qu’il y a toujours une
lueur d’espoir, il suffit d’ouvrir les yeux!
R.
La aussi quand je te lis je reconnais certaines réactions de ma fille.Quand elle part en crise d'angoisse j'ai l'impression qu'elle est "ailleurs" et quand c'est de la panique n'en parlons pas...je peux lui dire ce que je veux,elle y est hermétique pendant un moment....
RépondreSupprimerTu es très lucide sur ce qui t'arrives et tu le décrit très bien.Pour le moment ma fille est perdue et ne comprend pas ce qui lui arrive.Courage à toi.
Hélène.
Bonsoir c'est Karel, j'avais hâte de te relire. C'est chose faite. Pas déçue!! Tes textes sont toujours aussi bien construits et si réels. Tu es vraiment très lucide sur ce qui t'arrive et tu sais si bien le décrire pour tout le monde. Tu te rends bien compte que chaque petit pas en avant est une victoire (certes petite victoire diront certains) mais victoire quand même. Et ça fait un bien fou de voir son enfant avancé, et ça fait un bien fou aussi à l'enfant qui durant ce laps de temps est plus heureux que jamais.. Continue comme ça bon courage et merci pour tes témoignages.
RépondreSupprimerBonjour,
RépondreSupprimerC'est Sarah. Très beau texte et, encore une fois, il est très vrai.Je pense qu'on a tous un moment où on a l'impression d'être dans une bulle, dans un monde où rien ne peut nous atteindre. On est chez nous, on est plus confronté à nos peurs, et on a l'impression qu'on va rester comme ça pour le reste de notre vie. Je crois qu'on est déconnecté de la réalité. On a l'impression que tout va au ralentit, on pense que la vie va nous attendre.
Pour ma part c'est ça qui me fait le plus mal. J'ai tellement cru que le monde allait s'arrêter, que la vie allait m'attendre que, quand j'ai compris que non ... ça m'a briser. C'est étrange et contradictoire : je sais qu'il ne tient qu'à moi de m'en sortir. Je sais qu'aucun médicament ne pourra soigner ça, que ça ne partira jamais mais que si je fais des effort, ça ira un peu mieux et je suis incapable de réagir. Pourtant, j'en ai marre. Marre de tout ça, marre des mur de ma chambre, de voir le ciel à travers une fenêtre, de ne plus sentir le vent. Dieu que j'en ai marre ! Mais je suis pas capable de quoi que ce soit.
Et ya des jours où tout devient clair, où j'ai la force d'y croire, la force de bouger, de dire à ma mère : prends les clef de la voiture on s'en va ! Et dans ces moment là, je suis fière. Fière d'être dehors, fière d'avoir eu cette petite victoire, parce que chaque pas en avant est une victoire.
C'est vrai, il y a des jours où tout va mal, où le ciel semble nous tomber sur la tête. Et il y a des jour où le soleil est haut dans le ciel et où il semble briller pour nous. Il y a des jours où on a la force d'y croire, la force d'espérer, la force de s'en sortir.
Encore une fois, très beau texte. Et désolée de toujours mettre des long commentaire. Tes textes me font dire beaucoup de choses.
Bonne journée, et pourvu que cet état d'esprit dur.
Sarah.