mardi 28 février 2012

Supporteriez vous une journée à notre place?


En moyenne, une journée type dure entre 12 et 14 heures. Soit environ 780 minutes. 780 longues, voire interminables minutes durant lesquelles il faut s’occuper le corps et l’esprit. Facile, ou tout du moins faisable pour la plupart des gens. Mais pas pour nous. Voyez-vous, ce que ceux qui ne vivent pas avec nous ignorent, c’est que notre quotidien est devenu synonyme d’enfer. Chaque journée se transforme alors en véritable obstacle à surmonter. Alors aujourd’hui je vous propose de de vous mettre à la place d’un phobique scolaire pour une journée.
Premièrement, il faut se lever. Dis comme cela, ça paraît simple mais croyez-moi ça ne l’est pas, absolument pas. Bien au contraire. Avant, avant que tout cela ne m’arrive, j’avais l’habitude d’être debout à la première sonnerie de mon réveil. A présent, il faut que je mette deux alarmes puis que mon père vienne dans ma chambre ouvrir les volets  pour qu’enfin, j’arrive difficilement  à sortir d’un sommeil agité. Alors commence une longue lutte contre moi-même afin d’arriver à poser mes deux pieds à terre. Pour tous ceux qui n’ont jamais été atteints de phobie scolaire, cela vous paraîtra peut être exagéré ou irréaliste.  J’aimerai tant que ce soit le cas, que vous ayez raison, que je sois en train d’accentuer la réalité.  Mais malheureusement pour moi, pour mes proches et pour tous les autres phobiques scolaires, ça ne l’est pas. Mais bref, revenons à nos moutons.
Alors voilà, vous avez enfin réussi à vous lever, avec plus ou moins de mal selon la journée qui s’annonce. A présent il faut vous habiller. Mais à quoi bon ? Après tout comme la plupart des jours vous ne sortirez pas, ou très peu, vous ne verrez personne, excepté votre famille, et vous ne ferez rien d’intéressant. Voilà ce qu’est devenu votre quotidien. Mais bon vous le faîtes quand même car c’est ce qu’on vous a appris. Ça fait partie des règles de vie qui régissent notre société et dans lesquelles vous avez été baignés depuis votre plus tendre enfance.
Puis vous allez manger et peu à peu votre famille s’en va. Vos parents vont travailler, vos frères sœur vont étudier et sans le vouloir ils vous rappellent tous alors que dehors, passé cette porte, il y a un monde, un monde qui ne s’arrête pas, qui ne vous attend pas. Alors votre journée commence véritablement. Imaginez-vous, seul avec vos pensées, dans une maison dont vous finissez par connaitre les moindres recoins, les moindres détails. Selon les jours, vous vivez cette solitude de façon plus ou moins bien. Parfois la journée s’écoule sans même que vous ne vous en rendiez compte. En revanche, la plupart du temps, elle vous semble interminable. Pleurs, angoisses, fatigue, tout est au rendez-vous pour que cette journée vous paraisse la plus longue, la plus difficile et la plus pénible possible.
Heureusement,  quelle que soit la situation, et aussi longue qu’elle vous paraisse, cette journée finira. Mais voilà, la plupart du temps, vous avez beaucoup, que dis je, énormément de mal à vous en persuader.
Enfin vous arrivez au meilleur moment, le coucher… Pour la quasi-totalité des gens, aller au lit à la fin de la journée est synonyme d’apaisement. En effet, lorsqu’ils s’endorment, ils oublient tous leurs soucis et espèrent seulement que la journée du lendemain sera meilleure. Mais pour vous ce n’est pas le cas. Enfiler votre pyjama, ou encore vous glisser dans vos draps, ou enfin éteindre la lumière, sera comparable à une véritable torture et provoquera presque immanquablement des crises d’angoisses de violence croissante qui vous feront souffrir un peu plus chaque jour.
 Alors à présent je vous demande: supporteriez vous une journée à notre place?
Donc voilà, j’espère que, par ces quelques lignes, vous aurez compris que, pour nous, les phobiques scolaires, chaque action quotidienne telle que se lever, s’habiller se coucher, qui pour vous sont si simples à accomplir, nous prennent un temps et une énergie considérable.
                Enfin, je voudrai conclure cet article par vous donner les raisons pour lesquelles j’ai choisi d’aborder ce sujet aujourd’hui. En réalité, cet article est destiné à faire comprendre à mes proches, et j’espère aussi aux vôtres par la même occasion,  les répercussions immédiates de cette maladie.
Merci à tous ceux qui me lisent et qui commentent mes articles
R.

dimanche 26 février 2012

Hors du temps

Avez-vous déjà eu l’impression de vivre hors de la réalité ? Hors du temps ? Hors de cette société réglée comme du papier à musique ? Je suis sûre que oui. Alors vous devez savoir à quel point c’est frustrant, déroutant mais par-dessus tout, extrêmement désagréable. Mais, heureusement, normalement, cette sensation ne dure pas : elle est rare et éphémère, comme les éclipses.
Pourquoi ai-je décidé d’aborder ce sujet aujourd’hui ? Tout simplement car ce que beaucoup ignorent, c’est que dans notre cas, ce sentiment est permanent. Son processus d’installation est lent, mais fatal.
Peu à peu, on s’isole inconsciemment du monde dans lequel on vit ainsi que de ses acteurs. On coupe les ponts avec ce qui nous fait peur pour tenter de fuir nos angoisses. Mais voilà, la solitude dans laquelle on s’enferme alors est pire que ce monde extérieur qui nous effraie tant car elle nous ronge sournoisement un peu plus chaque jour. En effet, seul, on se retrouve face à ses démons. Mais malheureusement, nous n’avons pas conscience de tout cela. Or, l’histoire nous a montré que vivre hors de la réalité peut être fatal.
Aujourd’hui, enfin depuis un peu plus de deux mois, j’ai l’impression de vivre un cauchemar éveillée, et ce cauchemar est si douloureux, si effrayant, que je n’arrive pas à réaliser qu’il n’en est en réalité pas un et que  tout cela, tout ce qu’endure, tout ce que je vis, est réel, et que par conséquent, non, je ne me réveillerais pas. Pourtant j’aimerai tant que cela ne soit jamais arrivé. Mieux, j’aimerai, comme beaucoup d’entre nous je pense, être « normale ».
Rousseau a écrit, « Le monde de la réalité a ses limites ; le monde de l’imagination est sans frontières. ». Malheureusement pour nous, il a raison. Le monde de l’imagination dans lequel nous, les phobiques scolaires, vivons n’a aucune limite et n’est régit par aucune règle. Et en réalité, c’est, à mes yeux, ce qui nous pose problème. En vivant en marge de la société et en laissant libre cours à notre imagination, on ouvre la porte à toutes nos angoisses qui s’installent alors au plus profond de nous où il sera ensuite quasiment impossible de les déloger.
Je n’ai véritablement réalisé que ce que je vivais était parfaitement réel que très récemment. Je ne crois pas me tromper en disant que je n’ai jamais été plus triste, plus dévastée, plus effrayée que lorsque j’ai découvert cette triste nouvelle. Mais à présent j’ai appris à relativiser et à envisager les choses de manière différente. J’ai compris que cette révélation, puis cette phase d’acception dans laquelle je suis aujourd’hui, sont à considérer comme une véritable VICTOIRE sur la vie. Car en acceptant que tout cela existe, j’ai fait un pas de plus sur le long chemin de la guérison.
Tout compte fait, à présent je me dis que la phobie scolaire m’aura, certes, malmenée, abîmée, poussée dans mes plus profonds retranchement et pire encore mais m’aura au moins appris une chose : l’importance d’une victoire. Car aussi petite soit-elle, une victoire est toujours porteuse d’un message d’espoir.
Et ce soir, c’est confiante en l’avenir et pleine d’espoir que je vous quitte. Oui, peut-être que dans un jour, dans une heure, voire même dans quelques minutes je ne serai plus dans cet état d’esprit et que je serai de nouveau en proie à des idées noires. Mais au moins, pendant bref instant, j’aurai été sereine et croyez-moi, cela n’a pas de prix.
Pour conclure, ce soir, je voudrai que, qui que vous soyez et quelle que soit la situation dans laquelle vous êtes, vous sachiez qu’il y a toujours une lueur d’espoir, il suffit d’ouvrir les yeux!

R.


vendredi 17 février 2012

Obsessions


Hantise, idée fixe, manie, obsession, appelez cela comme vous me souhaitez mais au final ça ne change rien. D’ailleurs aucun mot ne sera jamais assez juste, assez puissant, assez précis pour décrire ce sentiment qui s’impose à vous et dont il est alors impossible de se débarrasser. Chacun, au cours de sa vie, a déjà été tourmenté par quelque chose de plus ou moins important. A partir de cet instant, impossible d’y échapper, cette idée ne sortira pas de votre esprit tant que vous ne l’aurait pas satisfaite.

Pourquoi ai-je décidé de parler de cela aujourd’hui ? Tout simplement car bon nombres de phobiques scolaires sont continuellement obsédés par différentes pensées diverses et variées. Parfois même, ces idées fixes deviennent si intenses, si tenaces, qu’elles deviennent  de véritables TOC. Ces derniers s’ajoutent alors à la longue liste des adversaires qu’il faut combattre au quotidien. Car oui, la phobie scolaire est une guerre de tous les jours qui transforme votre corps en un champ de bataille, abîmé peu à peu par tous les combats qui s’y sont déroulés.

Pour ma part la nourriture est devenu mon plus gros ennemi. Pas très original… Mais tenace. Pour tenter d’étouffer mes angoisses, j’ai commencé à manger un peu, beaucoup, énormément. En effet, quoi de plus simple que d’attraper un paquet de gâteau, des bonbons, des chips, pour s’occuper l’esprit dans l’espoir d’oublier, ne serait-ce que quelques instants, ce qui nous arrive. Alors on grignote encore et encore à longueur de temps. Et, fatalement, l’habitude s’installe. Passer quelques heures sans manger devient alors impossible et l’on préfère céder à la tentation plutôt que de se battre encore une nouvelle fois, car la maladie nous a épuisé, pompé jusqu’à la moelle. Mais les conséquences sont sans appel, en tout cas pour moi, : 6 kg en un peu moins de deux mois…
Cependant aujourd’hui je veux vous rassurer et vous transmettre ce message qui me tient tant à cœur : tout est difficile, mais rien n’est impossible. Je lutte, tous les jours, et peu à peu cette terrible habitude s’estompe et mon corps retrouve ses anciennes formes. Quel bonheur, quelle fierté de se dire qu’on a, enfin, gagné une bataille, certes minime mais si plaisante. Toutefois, je ne vous cacherai pas que, parfois,  c’est dur de résister , voire même impossible, et que, s’en sans rendre compte, on a englouti les trois quarts d’un paquet de chips en 5 minutes.

Jean grenier, qui a enseigné la philosophie à Camus, a dit : « Ecrire, c’est mettre en ordre ses obsessions. ». Et aujourd’hui, dans cet article, c’est ce que je fais. J’admets que la nourriture m’obsède, me hante même parfois. Et l’admettre c’est progresser sur la voie de la guérison ; Je me bats tous les jours et je ne lâcherai pas, pour moi, pour ma famille et pour vous.

A présent je vous invite à faire de même. Prenez une feuille de papier, et écrivez ce qui vous obsède et vient s’ajouter à cette affreuse maladie que nous avons en commun. Croyez-moi ça aide.
Enfin, je tiens à dédier ces quelques lignes à tous ceux qui ont gagné une bataille, aussi infime soit elle, car cela une reste une victoire. Et oui, vous n’avez pas gagné la guerre, mais vous en prenez le chemin.

R.

jeudi 16 février 2012

J'accuse


Culpabilité : « Sentiment de faute ressenti par un sujet, que celle-ci soit réelle ou imaginaire ». Voilà une définition bien simple pour un sentiment si envahissant, si présent et si destructeur pour nous, les phobiques scolaires.
La phobie scolaire n’est pas une maladie très connue du grand public, bien au contraire. Une bonne partie des gens n’en entendent jamais parler ou très peu. Pire, certains la considèrent comme une « fausse » maladie et l’assimilent à un caprice. Non ! Évidemment que non ! Je ne les comprends pas, ces gens qui arrivent à penser, à se persuader que le refus de leur enfant de se rendre à l’école n’est qu’une banale envie de rester tranquillement chez soi pour éviter un contrôle désagréable.
Alors aujourd’hui je suis furieuse, en colère comme jamais je ne l’ai été            . Mais pas contre ces gens. Non après tout la seule chose qu’on puisse leur reprocher est leur ignorance. En réalité c’est contre le manque de prévention de l’Etat que je m’indigne. Pourquoi les parents et les élèves ne sont-ils jamais informés ? Pourquoi ne passe-t-on jamais dans les classes pour dire aux élèves que ce qu’ils ressentent n’est pas honteux ? Enfin, pourquoi la phobie scolaire n’est pas véritablement reconnue par tous comme une maladie ? Tant de questions qui justifient ma colère à ce jour.
Donc, sans aucune prétention, j’accuse ce système lacunaire qui est responsable d’une grande partie de nos malheurs. Et pour cela je me contenterai de citer Zola, qui résume très bien, en ces quelques phrases, ma fureur contre les agissements de nos politiques et non contre leur personne : « Quant aux gens que j'accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n'ai contre eux ni rancune ni haine.  Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale.  Et l'acte que j'accomplis ici n'est qu'un moyen révolutionnaire pour hâter l'explosion de la vérité et de la justice."
Peut-être que mes propos vont paraitront injustifiés mais qu’importe, car c’est ce que je ressens. Car à cause de cela, depuis un peu plus de deux mois, je suis rongée par un très fort sentiment de culpabilité. Le fait que personne ne m’ait parlé de cette maladie auparavant m’a fait et me fait toujours, sentir coupable de ce qui m’arrive. Nos proches ont beau nous répéter à longueur de temps que ce n’est pas vrai, qu’on y pour rien… Ça n’y change rien. On a toujours, au fond de nous, cette puissante et désagréable impression d’avoir provoqué, d’avoir mérité ce qui nous arrive. Et ça fait mal, très mal.
A présent, pas une journée ne passe sans que je me sente coupable de ne pas aller au lycée. Mais c’est n’est pas tout. Ce sentiment plus que désagréable se manifeste au quotidien, pour des raisons les plus injustifiées les unes que les autres. Tenez, par exemple, hier je me suis accordée un moment de détente après avoir travaillé. Je cousais quelque chose quand soudain, impossible de faire marcher la machine correctement. Je n’ai alors pas pu m’empêcher d’y voir un signe me rappelant que je n’avais pas « mérité » de me reposer et que, par conséquence et par ma faute, la machine avait eu un souci. Stupide, non ?  Évidemment que ce n’est pas vrai ! Je le sais ! Mais je ne peux m’empêcher d’avoir cet énorme nœud à l’estomac ainsi que l’impression d’être responsable de tous mes malheurs, ce qui se solde, chez moi, invariablement par une crise d’angoisse.
Je ne crois me fourvoyer en disant que beaucoup d’entre nous se sentent coupables, responsables, de ce qui leur arrive. Au fond de nous, nous savons bien que c’est faux. Pourtant c’est là, à nos côté, cette intense culpabilité qui nous gâche la vie.
Alors surtout, si vous me lisez, sachez que vous n’êtes pas seul, que je vous comprends et que je ressens la même chose. Continuez à vous battre car « ce qui nous ne tue pas nous rend plus fort ».

R.

mercredi 15 février 2012

L'Enfer, c'est les autres

Dans sa pièce Huit Clos, Sartre a écrit « L'Enfer, c’est les autres ».  Plus j’y pense, et plus je trouve que cette simple phrase résume impeccablement une grande partie de notre souffrance.

 Le regard des autres, ce fameux regard, péjoratif ou mélioratif, que porte chaque individu sur les personnes qui croisent son chemin. C’est une réaction humaine, naturelle et incontrôlable. Quand l’on rencontre une nouvelle personne, on la juge. On observe ses vêtements, sa morphologie, sa façon de parler… En quelques secondes, on s’est fait une opinion, on a déjà un avis. La première impression se révèle souvent déterminante, comme lors d’un entretien d’embauche par exemple.

Aujourd’hui le regard des autres a pris des proportions démesurées dans ma vie. Cette sensation n’est pas apparue du jour au lendemain mais s’est amplifiée avec le temps. J’ai toujours été très mal à l’aise dans les magasins, lorsqu’il s’agissait de demander un renseignement à une vendeuse par exemple. D’ailleurs la plupart du temps je ne le faisais pas. Les coups de téléphone étaient et sont toujours  sources d’angoisse. Impossible de prendre rendez-vous chez le médecin sans avoir des palpitations. Alors je prépare mon texte dans ma tête, comme une actrice qui apprendrait son rôle par cœur, afin d’être le moins mal à l’aise possible.

Mais le lycée reste l’endroit où la peur du jugement est la plus angoissante car on y est jugé à longueur de temps par les professeurs et  les élèves. Quand j’arrivais encore à y mettre les pieds, j’avais élaboré une stratégie pour être le moins possible susceptible d’être « mal jugée » par les professeurs. Tout d’abord le choix de la place était primordial : ni trop près ni trop loin. Alors je m’asseyais systématiquement au milieu de la salle, cachée par tous les autres élèves. Ensuite, le deuxième point très important était de ne parler, ni aux professeurs dans le doute de formuler une réponse fausse, ni à mes camarades pour ne pas risquer de me faire remarquer. Enfin, il fallait avoir de bonnes notes, toujours, pour ne pas voir à subir la foudre des enseignants. Cette technique, malheureusement, n’était pas infaillible puisqu’elle ne les empêchait pas de me poser des questions pendant le cours. Questions dont, dans 90% des cas, je connaissais la réponse mais auxquelles j’étais incapable de répondre à l’oral, paniquée par cette intervention inattendue, imprévue et donc non contrôlée.

Car c’est cela aujourd’hui qui me pose problème : le contrôle. Je voudrais pouvoir tout contrôler, tout planifier, afin d’éviter les imprévus et de me rassurer. Mais voilà, la vie est pleine d’imprévus, ce qui d’ailleurs fait son charme, mais  auxquels à présent je ne peux plus faire face

Alors, pour  revenir sur ma phrase d’introduction, je dirais que Sartre a raison, que « L’Enfer, c’est les autres », car nous ne les contrôlons pas et que leur jugement nous terrifie. Mais je dirais aussi que L’enfer, c’est nous même, car on s’inflige une pression colossale tout en sachant qu’elle est irraisonnable et qu’elle nous fera souffrir d’avantage. Alors que faire ? Couper tout contact avec les autres ? Les fuir ? J’aimerai tant, mais je sais, au fond de moi que cela ne ferait qu’aggraver la situation. C’est pour cela que je me bats chaque jour contre moi-même, pour ne pas toucher le fond, car je ne suis pas sure que, si cela arrive, je  serai capable de remonter à la surface. Oui c’est pénible. Oui c’est difficile. Oui c’est épuisant. Mais c’est vital.

Je voudrais donc féliciter et encourager tous ceux qui, comme moi, livrent bataille un peu plus chaque jour, pour s’en sortir, pour ne pas couler. Cette volonté est notre force, et cela personne ne nous l’enlèvera, pas même cette chose qui nous dévore de l’intérieur.

R.

mardi 14 février 2012

Life is tough


En France, la plupart des enfants vont à l’école pour la première fois à l’âge de deux ou trois ans. Le premier jour est toujours difficile, voire déchirant pour certains enfants.  Ils pleurent, hurlent, tapent du pied… Mais au bout de quelques jours ou quelques semaines, tout cela n’est plus qu’un vilain souvenir. L’enfant s’est fait des amis, et commence à apprécier les « joies » de l’école.  Pour la quasi-totalité de ces enfants, dans le futur,  aller à l’école ne sera qu’un acte banal parmi tant d’autres. Une obligation qui ne les embêtera pas plus que ça, et parfois qui les réjouira. Ils s’y rendront avec plus ou moins de plaisir, mais sans crainte ni trop grande appréhension.
Mais pour les autres, ces quelques enfants « à part », ce ne sera jamais évident. Ils devront se forcer toujours un peu plus que les autres, souffrir un peu plus, surmonter leurs angoisses, faire face à ce que notre société leur impose. Et puis un jour, ça deviendra trop dur, insurmontable, impossible, irréalisable.  

Alors aujourd’hui je m’indigne ! Je maudis ce système français qui ne pense pas à nous, ces enfants différents,  qui ne prévois quasiment rien pour nous aider rapidement et efficacement.  Nous sommes comme des petits poissons qui subitement n’arriveraient plus à nager et se noieraient peu à peu dans cet immense océan qu’est la société actuelle. Au début les gens s’inquiètent, compatissent, parfois se moquent… Mais très vite on tombe dans l’oubli. Ne vous méprenez pas ce n’est pas ceux  qui y arrivent que je blâme mais notre système car eux sont dans un train qui continue à avancer, sans arrêt, sans se préoccuper des retardataires.

Dans mon cas, c’est un sentiment d’incompréhension qui est très vite apparu. Mes professeurs, mes amis, ma famille, tous étaient surpris, étonnés, que moi, une si bonne et si discrète élève, soit, d’un coup d’un seul, incapable de mettre les pieds au lycée. En réalité ça m’a toujours pendu au nez sans que personne, moi compris, ne s’en rende compte avant que ce soit trop tard, que je craque…
Aujourd’hui, quand on me demande comment je vais, je réponds quasiment toujours « on fait aller ». Mais c’est faux, complétement faux. Car le jour où je n’ai pas réussi à aller au lycée, j’ai perdu le contrôle de moi-même, de ma santé, de mon état physique et psychologique.  Je suis condamnée à subir ce que mon inconscient m’impose chaque jour.

C’est au moment du coucher que ma « maladie » ce manifeste dans toute sa splendeur. Impossible d’enfiler mon pyjama, de me mettre au lit, d’éteindre la lumière, sans qu’une crise, plus ou moins douloureuse, ait lieu. Alors je crie, je suffoque, je perds pied. Je suis dominée par une force intérieure indéfinissable qui me dévore de l’intérieur. J’entends mes proches qui tentent de m’apaiser, de stopper cette souffrance mais impossible de les écouter. Impossible de leur parler, d’ouvrir les yeux, parfois même de bouger. Les minutes qui s’écoulent me paraissent alors des heures, m’épuisent et surtout m’effraient. Mais je ne suis pas la seule, personne ne me le dis, mais je sais que je leur fais peur, ou plutôt que cette force les terrifie. Me voir perdre le contrôle de moi-même est devenu pour eux difficile, je le sais, je le sens et pourtant je ne peux rien faire pour y remédier, pour les rassurer. 
Alors pour contrer cette peur qui me dévore de l’intérieur, je prends des médicaments pour pouvoir dormir. Mais une fois endormie, les cauchemars s’enchainent, parfois même je rêve que je fais des crises. Au réveil je suis épuisée, car au lieu de me reposer pendant la nuit, j’ai encore livré bataille contre moi-même. Parfois, rien que monter les escaliers m’épuisent. D’ailleurs si aujourd’hui je devais choisir un terme pour me qualifier, ce serait « épuisée ».

Alors si vous me lisez, parent ou enfant, sachez que vous n’êtes pas seuls. Chaque histoire est différente mais toutes présentent des similitudes. Merci à ceux qui m’ont laissé ces merveilleux messages de soutien. Qui et où que vous soyez, je pense à vous et vous envoie tout le courage que je possède.

R.

lundi 13 février 2012

Par où commencer?


67 jours. Soit 1 608 heures, ou 96 480 minutes, ou encore 5 788 800 secondes que je ne suis pas allée au lycée. Ça paraît long et court à la fois, après tout que représentent deux mois dans une vie ? Rien.  Rien ? Ce qui se passe en ce moment à l’intérieur de ma tête n’est rien ? Toute la souffrance que j’endure n’est rien ? Toutes ces crises, plus violentes les unes que les autres ne sont rien ? Quel euphémisme !

En réalité ces deux mois sont tout, absolument tout. Ils résument le mal-être qui s’est installé en moi petit à petit, sournoisement, furtivement, sans crier gare.
On se réveille un matin et on y arrive plus. On n’arrive plus à gérer, à contenir tout ce stress, toutes ces angoisses refrénées, contrôlées, étouffées depuis si longtemps. Et ça y est,  à partir de cet instant on est fiché, catalogué. On nous colle une étiquette : « phobique scolaire ». Mais c’est plus, tellement plus qu’un simple mal-être vis-à-vis de l’enseignement. Ce système français qui nous pousse à faire plus toujours plus. Et mieux, toujours mieux. On nous épuise jusqu’à la corde, on nous presse comme un citron pour faire sortir les toutes dernières gouttes de jus.  Et, une fois qu’on ne  peut plus, qu’on ne tient plus, que fait ce « merveilleux » système ? Rien. Ou presque.

On nous laisse livrés à nous même dans cette jungle où règne la loi du plus fort, cette cascade qui, quoi qu’il arrive, continue de couler… Alors il faut lutter, lutter pour tout. Lutter pour trouver quelqu’un pour résoudre le « problème », qui tentera du mieux qu’elle peut de vous maintenir à flots. Comme un mécanicien qui s’échinerait à tenter de rafistoler une voiture rouillée, en fin de vie, avec des milliers de kilomètres au compteur. Mais, même une fois cette bonne fée trouvée, rien n’est gagné. Au contraire. Car, même si on est reçu régulièrement, on reste seul la plupart du temps. Hors de la réalité, on regarde es autres avancer sans pouvoir bouger ne serait-ce qu’un orteil. Parfois même on a l’impression de reculer. Les crises deviennent plus longues, plus violentes, plus douloureuses… Incontrôlables.

Voilà ce que je suis devenue : incontrôlable, ingérable. Quand la crise commence nul ne sait comment l’arrêter, jusqu’où elle ira, combien de temps ça prendra… Tout est flou, on est dans un tunnel dans lequel on s’enfonce peu à peu sans jamais entrapercevoir ne serait-ce qu’une once de lumière. Alors on se demande, pourquoi moi ? Qu’ai-je fais pour mériter cela ? Pourquoi est-ce qu’on m’impose cette épreuve ? Ou bien encore, pourquoi inflige cela à mes proches ? Pourquoi est-ce que je souffre et fais souffrir les autres à ce point ? Tant de questions sans réponses…
Je n’en dors plus. Voilà deux mois que je vis, non que je survie, tel un zombie errant chez moi à la recherche de paix. Mais la vie me laissera-t-elle un jour en paix ? J’en viens à douter. Et puis je suis épuisée, épuisée de me battre, et de perdre, tous les jours. Les forces viennent peu à peu à manquer. A cette fatigue s’ajoute ce sentiment de culpabilité, constamment présent, me rappelant à tout instant quel fardeau je suis devenue pour mes proches.

C’est pour eux que j’ai décidé d’écrire aujourd’hui. Pour pouvoir un jour leur remettre ces quelques lignes pour qu’ils comprennent combien il me coûte de les faire souffrir, combien je les aime et combien je les remercie d’être là dans ces moments plus que difficiles

R.