lundi 13 février 2012

Par où commencer?


67 jours. Soit 1 608 heures, ou 96 480 minutes, ou encore 5 788 800 secondes que je ne suis pas allée au lycée. Ça paraît long et court à la fois, après tout que représentent deux mois dans une vie ? Rien.  Rien ? Ce qui se passe en ce moment à l’intérieur de ma tête n’est rien ? Toute la souffrance que j’endure n’est rien ? Toutes ces crises, plus violentes les unes que les autres ne sont rien ? Quel euphémisme !

En réalité ces deux mois sont tout, absolument tout. Ils résument le mal-être qui s’est installé en moi petit à petit, sournoisement, furtivement, sans crier gare.
On se réveille un matin et on y arrive plus. On n’arrive plus à gérer, à contenir tout ce stress, toutes ces angoisses refrénées, contrôlées, étouffées depuis si longtemps. Et ça y est,  à partir de cet instant on est fiché, catalogué. On nous colle une étiquette : « phobique scolaire ». Mais c’est plus, tellement plus qu’un simple mal-être vis-à-vis de l’enseignement. Ce système français qui nous pousse à faire plus toujours plus. Et mieux, toujours mieux. On nous épuise jusqu’à la corde, on nous presse comme un citron pour faire sortir les toutes dernières gouttes de jus.  Et, une fois qu’on ne  peut plus, qu’on ne tient plus, que fait ce « merveilleux » système ? Rien. Ou presque.

On nous laisse livrés à nous même dans cette jungle où règne la loi du plus fort, cette cascade qui, quoi qu’il arrive, continue de couler… Alors il faut lutter, lutter pour tout. Lutter pour trouver quelqu’un pour résoudre le « problème », qui tentera du mieux qu’elle peut de vous maintenir à flots. Comme un mécanicien qui s’échinerait à tenter de rafistoler une voiture rouillée, en fin de vie, avec des milliers de kilomètres au compteur. Mais, même une fois cette bonne fée trouvée, rien n’est gagné. Au contraire. Car, même si on est reçu régulièrement, on reste seul la plupart du temps. Hors de la réalité, on regarde es autres avancer sans pouvoir bouger ne serait-ce qu’un orteil. Parfois même on a l’impression de reculer. Les crises deviennent plus longues, plus violentes, plus douloureuses… Incontrôlables.

Voilà ce que je suis devenue : incontrôlable, ingérable. Quand la crise commence nul ne sait comment l’arrêter, jusqu’où elle ira, combien de temps ça prendra… Tout est flou, on est dans un tunnel dans lequel on s’enfonce peu à peu sans jamais entrapercevoir ne serait-ce qu’une once de lumière. Alors on se demande, pourquoi moi ? Qu’ai-je fais pour mériter cela ? Pourquoi est-ce qu’on m’impose cette épreuve ? Ou bien encore, pourquoi inflige cela à mes proches ? Pourquoi est-ce que je souffre et fais souffrir les autres à ce point ? Tant de questions sans réponses…
Je n’en dors plus. Voilà deux mois que je vis, non que je survie, tel un zombie errant chez moi à la recherche de paix. Mais la vie me laissera-t-elle un jour en paix ? J’en viens à douter. Et puis je suis épuisée, épuisée de me battre, et de perdre, tous les jours. Les forces viennent peu à peu à manquer. A cette fatigue s’ajoute ce sentiment de culpabilité, constamment présent, me rappelant à tout instant quel fardeau je suis devenue pour mes proches.

C’est pour eux que j’ai décidé d’écrire aujourd’hui. Pour pouvoir un jour leur remettre ces quelques lignes pour qu’ils comprennent combien il me coûte de les faire souffrir, combien je les aime et combien je les remercie d’être là dans ces moments plus que difficiles

R.

11 commentaires:

  1. Bonjour Raphaelle,je suis maman d'une jeune fille phobique scolaire depuis sa rentrée en sept dernier.Je sais que chaque cas est different car chaque enfant est different,mais qd je lis ce que tu ecrit j'ai l'impression de lire le ressenti de ma fille...elle s'enfonce elle aussi...ses crises sont de plus en plus en plus fortes et violentes...dans ces moments la je lis dans ses yeux la peur,l'angoisse...c'est terrible...malheureusement peu de personnes comprennent vraiment le calvaire que cela represente.Je te souhaite beaucoup de courage,en esperant que ce blog t'aide en evacuant tout tes ressentis.Bon courage!
    Hélène.

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    1. Merci d'avoir pris la peine de venir voir le blog, ça compte beaucoup pour moi. Je te souhaite également beaucoup de courage et j'espère que ta fille ira mieux le plus rapidement possible

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  2. Bonjour Raphaëlle, magnifique ces lignes écrites avec tant de courage pour dire ce que tu ressens, et à quel point tu souffres. Mais aussi à quel point tu souffres de faire souffrir ton entourage. Peu de gens comprennent votre malaise, et comme tu le dis si bien rien n'est fait pour vous tous car vous êtes nombreux à souffrir de cette phobie, l'une de mes filles en souffre depuis 4 ans, même plus, mais c'est l'entrée en collège qui a tout déclenché. Maintenant elle est à la maison et fait les cours par le cned, pas toujours évident. En tout cas bon courage à toi et ta famille, je comprends ce que vous vivez.. pas évident tout cela!!! Encore une chose tu auras des jours sans et des jours avec, mais crois moi si tu laisses le temps au temps alors un jour tu auras un déclic et même si l'école c'est important ce n'est pas toute la vie, ma fille en faisant abstraction de l'école recommence à retrouver le goût de vivre et se dit qu'elle ne doit pas passer à côté de sa vie pour sa phobie, alors on met les bouchées doubles pour elle arriver à avoir une vie la plus normale possible..(elle souffre de phobie scolaire, phobie sociale et un peu d'agoraphobie par conséquent), aujourd'hui elle sort de la maison même si ce n'est pas chaque jour mais c'est en tout cas plus facile. Ne désespère pas, prends ton temps c'est primordial, chaque petit pas est magnifique et encourageant.
    Bon courage..

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    1. Merci pour cet adorable commentaire! Je suis ravie de pouvoir faire partager ce que je ressens. J'espère de tout coeur que l'état de ta fille s'améliorera encore un peu plus chaque jour.

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  3. Bonjour , je suis atteinte de phobie-scolaire . Et , dans se que tu as écris , je m'y retrouve totalement . Cela fait énormément de bien de savoir que je ne suis pas la seule à être comme ça. On vit dans une société où il faut marcher droit , être " normal " . Je crois que pour un(e) phobique-scolaire , le plus dur est le regard des autres par rapport à cette maladie . Nous ne sommes compris par personne .
    Sache que j'adore ton blog , et je serais sans doute une de tes plus grande " fan ".
    Je te souhaite bon courage !

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    1. Bon courage à toi aussi et merci d'avoir posté un commentaire, ça fait plaisir de se savoir lue et mieux encore comprise!

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  4. Bonjour Raphaëlle,

    Magnifique texte, magnifique et tellement vrai. J'ai 15 ans et je suis, moi aussi, phobique scolaire (avec phobie sociale et agoraphobie en plus) j'ai ressentis exactement ce que tu décris ici. C'est horrible, se sentir si seul, si incompris, et voir que les autres, ceux qui sont censé nous aider ne bougent pas le petit doigt c'est déprimant.Du coup on a pas envie de remonté, on se demande pourquoi on le ferait puisqu'on est visiblement si inintéressant ... On nous envoie voir des psy, on se retrouve dans la salle d'attente, stressé, et on a l'impression d'être fou, qu'on va finir dans un asile. Et c'est honteux ! Le médecin scolaire m'a dit que j'étais un échec. Là aussi, c'est honteux ! Et ce n'est pas fait pour aider ceux qui sont là parce qu'ils ont besoin d'aide. Je suis 100% d'accord avec ton texte (qui est très bien écris, sois dit en passant, et comme j'écris moi aussi, je trouve que c'est un bon moyen d'exprimer ses sentiments) Mais je pense que cette "maladie" ne dois pas nous empêcher de vivre, et je pense qu'on doit la transformer en une force, qu'elle devrait nous pousser en avant au lieux de nous tirer sans cesse en arrière !
    Je pense qu'avec des efforts, considérable, on peut réapprendre à vivre. Quoi qu'il en soit, je suis persuadé que tu cessera un jour d'être "un zombi errant chez toi" :)
    Pour terminer, Bon courage à toi !
    Sarah.

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    1. Sarah,
      J'ai heureusement eu la chance de tomber sur des médecins compréhensifs qui m'ont traitée avec délicatesse, mais je m'indigne devant tes propos! "un échec"! Et puis quoi encore?! Sache que c'est lui que l'on pourrait qualifier d"échec" puisque, en tant que médecin, il n'a pas réussi à t'aider et pire t'a rabaissé!
      Puis je me permettre de te demander quand la phobie sociale et l'agoraphobie sont apparues? ( je comprendrais évidemment que tu ne réponde pas à cette question indiscrète).
      Merci de lire mon blog et pour tous ces compliments, n'hésite pas à le faire partager à d'autres!
      Bon courage!

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  5. Raphaëlle,
    La maladie est présente depuis que je suis petite, depuis que j'ai mis un pied dans une école je pense. Mais lors de mon entrée au collège tout s'est accéléré, j'ai fais ma 6eme, le début de ma 5eme et j'ai arrêter en octobre, c'était trop dur à supporter. Je suis retournée au collège en 4eme, j'ai fais toute mon année mais a quel prix ? Tout les soirs je pleurais en rentrant chez moi, après les vacances de Noel ma mère a du me garder une semaine à la maison, impossible de reprendre, et puis en troisième je n'ai fais qu'une journée. C'était au dessus de mes forces.
    C'est justement là que le médecin scolaire m'as dit que j'étais un échec et que je ne ferais pas grand chose de ma vie. Ca fais deux ans, je n'ai pas oublier ses paroles, et encore moins son nom. Réussir ma vie sera ma plus belle vengeance.
    Je vais de ce pas lire le nouveau texte qui a fait son apparition =)

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  6. Petite soeur,
    Je suis tous les jours si fière de te voir te lever, travailler, et commencer une nouvelle journée, un peu plus difficile pour toi. Tu n'as pas besoin de faire quoi que ce soit pour nous prouver que tu nous aime, on le sait. Ta maladie ne t'exclura jamais au sein de notre belle famille, et n'oublie pas que l'on sera tous les jours là pour toi. Tu n'es pas folle, ni un monstre, tu as une particularité, on en a tous une au final. C'est bien plus sain d'avoir des peurs et de le dire plutôt que de s'en cacher comme beaucoup font. Tes crises me font du mal parce que je te vois souffrir et c'est tout, tu es ma petite soeur, mon bébé, et jamais je n'appellerai "temps perdu" le temps que je passe à te consoler.
    Je ne veux qu'une seule choses, c'est te voir continuer de te battre tous les jours, ne baisse pas les bras tu es entourée par des gens merveilleux et même si parfois on ne peut pas comprendre ton mal, on voudrait pouvoir le vivre à ta place.
    Sois fort mon petit bout, ta vie sera toute belle, et quoiqu'il arrive, dans 1 mois ou dans 10 ans, tu sais qu'il y aura toujours ta vieille soeur pour t'aider à te relever.
    Je suis si fière de toi, et je t'aime à jamais.
    KEEP FIGHTING &YOUR BEAUTIFUL SMILE

    Cléo

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    1. Merci Cléo,
      Je sais que ce n'est pas tous les jours facile pour Pierre et toi, mais pourtant vous êtes toujours là quand j'en ai besoin. Merci infiniment j'espère pouvoir un jour te rendre la pareille. Bisous

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