jeudi 16 février 2012

J'accuse


Culpabilité : « Sentiment de faute ressenti par un sujet, que celle-ci soit réelle ou imaginaire ». Voilà une définition bien simple pour un sentiment si envahissant, si présent et si destructeur pour nous, les phobiques scolaires.
La phobie scolaire n’est pas une maladie très connue du grand public, bien au contraire. Une bonne partie des gens n’en entendent jamais parler ou très peu. Pire, certains la considèrent comme une « fausse » maladie et l’assimilent à un caprice. Non ! Évidemment que non ! Je ne les comprends pas, ces gens qui arrivent à penser, à se persuader que le refus de leur enfant de se rendre à l’école n’est qu’une banale envie de rester tranquillement chez soi pour éviter un contrôle désagréable.
Alors aujourd’hui je suis furieuse, en colère comme jamais je ne l’ai été            . Mais pas contre ces gens. Non après tout la seule chose qu’on puisse leur reprocher est leur ignorance. En réalité c’est contre le manque de prévention de l’Etat que je m’indigne. Pourquoi les parents et les élèves ne sont-ils jamais informés ? Pourquoi ne passe-t-on jamais dans les classes pour dire aux élèves que ce qu’ils ressentent n’est pas honteux ? Enfin, pourquoi la phobie scolaire n’est pas véritablement reconnue par tous comme une maladie ? Tant de questions qui justifient ma colère à ce jour.
Donc, sans aucune prétention, j’accuse ce système lacunaire qui est responsable d’une grande partie de nos malheurs. Et pour cela je me contenterai de citer Zola, qui résume très bien, en ces quelques phrases, ma fureur contre les agissements de nos politiques et non contre leur personne : « Quant aux gens que j'accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n'ai contre eux ni rancune ni haine.  Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale.  Et l'acte que j'accomplis ici n'est qu'un moyen révolutionnaire pour hâter l'explosion de la vérité et de la justice."
Peut-être que mes propos vont paraitront injustifiés mais qu’importe, car c’est ce que je ressens. Car à cause de cela, depuis un peu plus de deux mois, je suis rongée par un très fort sentiment de culpabilité. Le fait que personne ne m’ait parlé de cette maladie auparavant m’a fait et me fait toujours, sentir coupable de ce qui m’arrive. Nos proches ont beau nous répéter à longueur de temps que ce n’est pas vrai, qu’on y pour rien… Ça n’y change rien. On a toujours, au fond de nous, cette puissante et désagréable impression d’avoir provoqué, d’avoir mérité ce qui nous arrive. Et ça fait mal, très mal.
A présent, pas une journée ne passe sans que je me sente coupable de ne pas aller au lycée. Mais c’est n’est pas tout. Ce sentiment plus que désagréable se manifeste au quotidien, pour des raisons les plus injustifiées les unes que les autres. Tenez, par exemple, hier je me suis accordée un moment de détente après avoir travaillé. Je cousais quelque chose quand soudain, impossible de faire marcher la machine correctement. Je n’ai alors pas pu m’empêcher d’y voir un signe me rappelant que je n’avais pas « mérité » de me reposer et que, par conséquence et par ma faute, la machine avait eu un souci. Stupide, non ?  Évidemment que ce n’est pas vrai ! Je le sais ! Mais je ne peux m’empêcher d’avoir cet énorme nœud à l’estomac ainsi que l’impression d’être responsable de tous mes malheurs, ce qui se solde, chez moi, invariablement par une crise d’angoisse.
Je ne crois me fourvoyer en disant que beaucoup d’entre nous se sentent coupables, responsables, de ce qui leur arrive. Au fond de nous, nous savons bien que c’est faux. Pourtant c’est là, à nos côté, cette intense culpabilité qui nous gâche la vie.
Alors surtout, si vous me lisez, sachez que vous n’êtes pas seul, que je vous comprends et que je ressens la même chose. Continuez à vous battre car « ce qui nous ne tue pas nous rend plus fort ».

R.

10 commentaires:

  1. Sacrée culpabilité...vous culpabilisez de ne pas être "comme les autres" et de ne plus aller en cours,nous parents culpabilisons de ce qui vous arrive.....enfin bref on s'en sort plus....Pour ce qui est de la reconnaissance de cette maladie il y a du boulot à faire....
    Hélène

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    1. Je suis bien d'accord on a vraiment pas assez de droits et il faut donc se battre pour tout! Fatiguant à la fois pour les parents et pour les enfants...

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  2. Pfiou ! Alors là, je suis bien d'accord (C'est Sarah) La culpabilité ... qu'est-ce que c'est chiant ! (Pardonne mon langage mais c'est vrai) Et le pire c'est que c'est inutile et faux ! Je me suis longtemps sentie coupable de ce que les autres me faisaient subir, c'est pour cette raison que je n'en parlais pas : pour moi je l'avais mérité. Et cette culpabilité entraîne un sentiment encore plus dévastateur : le doute. On doute de tout, de ses amis, de sa famille, et avant tout de soi même. Et ça nous mène très loin. On a plus confiance en sois ni en personne d'autre, on gâche des amitié en doutant sans cesse de la sincérité de l'autre, on a toujours besoin d'être rassuré et, même avec ça, on doute encore. Tu as raison, le manque de réaction de l'état est inadmissible. Mais il n'y a pas qu'eux qui sont responsable. Je jette la pierre sur la société dans sa globalité. Cette société dans laquelle il faut être dans la norme pour être accepter, celle où les différences ne sont pas toléré, celle où l'on vous persécute, vous traîne dans la boue, vous achève un peu plus chaque jour sans que personne ne réagisse. Suis-je la seule à trouver anormale le fait de se faire tabasser sous prétexte d'avoir des kilos en trop, ou des cheveux roux, ou des lunettes ? A l'heure d'aujourd'hui, les jeunes se traitent entre eux pour se dire je t'aime et crient "f*ck" à longueur de journée parce que "ça le fait". Ils se moquent des "plus faibles" de ceux qui ont peur, de ceux qui sont seul, parce que ce sont des proies facile, et bien sur, ils s'y mettent à plusieurs, à trois, quatre, cinq contre une seule personne. Ils se moquent parce que, pour être accepté, il faut se moquer.
    J'en suis là où j'en suis, mais je suis fière de dire que, aussi désespérée que je sois, je ne me suis jamais rabaisser à ça !

    La phobie scolaire est une maladie, nous, les personnes touchées, et nos proches nous le savons, ils en ont conscience parce qu'ils vivent avec nous au quotidien et sont conscient de la douleur que ça nous cause, du handicap dont on est victime. Ne plus pouvoir sortir c'est un handicap, et bien sur, ils n'en ont pas conscience, l'état, les gens, les autres. C'est inadmissible, tu as bien raison. Les gens autour de moi ont tendance à dire : "La vie est dure" j'ai envie de répondre "La vie est simple, les hommes l'ont rendu compliquée."

    Mais tu as raison, comme je te l'avais dis, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ! On se relèvera, tous, et on y arrivera !
    Bon courage !
    Sarah

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    1. Sarah, merci beaucoup d'être si fidèle, c'est toujours agréable de se savoir lue et mieux comprise! Désolée d'avoir mis tant de temps à te répondre. En espérant que tout s'arrange pour toi!

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  3. Bonjour Raphaëlle, c'est Karel, j'adore toutes ces références littéraires,(moi qui aime lire, je ne peux qu'apprécier), d'autant qu'elles sont "super bien" utilisées. Ton sentiment de culpabilité est normal, parce que pour le moment tu te crois responsable de cette situation, quand tu comprendras que tu ne l'es pas ce sentiment s'atténuera, mais encore une fois il faut du temps pour tout ça. Comme tu le dis il s'agit d'une maladie est on ne peut être responsable d'avoir une maladie, si tu as une angine tu n'en es pas responsable, ma maman a malheureusement un cancer, elle n'en est pas responsable, ma fille souffre de phobie scolaire depuis un peu plus de 4 ans elle n'en est pas responsable, tout comme toi tu n'es pas responsable de ta phobie scolaire. Mais il faut comprendre et admettre que c'est une maladie et pour ça laisse faire le temps. Mais je crois que ma fille t'en parlera mieux que moi. Garde courage!! J'espère que nos commentaires t'aident un peu.

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    1. Karel, merci infiniment pour ta fidélité, je ne trouve pas le mots pour te dire à quel point cela me touche... Merci encore et désolée d'avoir pris tant de temps à te répondre!

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  4. je comprend tes paroles , je comprend ton ressenti..je suis la maman d'un garçon de 17 ans qui souffre aussi de phobie scolaire...depuis toujours....il s'en veut; il se déteste d'etre "comme ça",comme il dit...ces dernières années, ça allait un peu mieux et puis là..cette semaine, il a fait une rechute...assez sérieuse...
    je lui dit qu'il est tout à fait normal et que la phobie scolaire est une maladie et que, il n'est pas le seul à vivre cet enfer...
    mais il est vrai qu'on se sent seul, impuissant et pas entendu et incompris...
    je te souhaite d'aller mieux très rapidement...
    passes une bonne soirée

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    1. J'espère de tout coeur que ton fils ira mieux le plus rapidement possible. Et si cela peut l'aider, surtout dis lui, qu'il n'est pas seul et que les autres phobiques scolaires comprennent son mal-être. Bon courage!

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  5. Ma phobie scolaire a démarrer dès mon entrée en 1ere. L'infirmière scolaire savait très bien ce qui m'arrivait. Mais je refusais qu'elle en parle à mes parents. J'avais honte de ne pas pouvoir me rendre comme tout le monde au lycée. Je refusais aussi de l'admettre devant mes camarades car je craignais les reproches.
    Quand mes parents l'ont appris, ils ont très bien réagis (j'ai eu de la chance) mais par contre, du côté de mes camarades, ça n'a pas été la même affaire. J'ai essuyé toutes sortes de critiques. On m'accusait d'avoir manipuler les profs ainsi que CPE et proviseur. Mais aucuns d'entre eux n'imaginait que je pouvais réellement être en difficulté. On ne parle pas assez de cette maladie. L'Etat ne la reconnait pas et cela handicape encore plus notre vie que ce qu'elle n'est déjà par cette fichue maladie. On n'est pas responsable de cette maladie, on la subie ! Il faut réagir ! Il faut que l'on reconnaisse cette maladie. Pour qu'on arrête de nous montrer du doigt. Pour que l'on arrête de se sentir coupable !

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    1. Je suis entièrement d'accord avec toi, il faut que l'opinion publique réalise enfin que nous sommes des victimes et non de simples enfants capricieux! Bon courage à toi!

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