Dans sa pièce Huit Clos, Sartre
a écrit « L'Enfer, c’est les autres ».
Plus j’y pense, et plus je trouve que cette simple phrase résume
impeccablement une grande partie de notre souffrance.
Le regard des autres, ce fameux regard, péjoratif
ou mélioratif, que porte chaque individu sur les personnes qui croisent son
chemin. C’est une réaction humaine, naturelle et incontrôlable. Quand l’on rencontre
une nouvelle personne, on la juge. On observe ses vêtements, sa morphologie, sa
façon de parler… En quelques secondes, on s’est fait une opinion, on a déjà un
avis. La première impression se révèle souvent déterminante, comme lors d’un
entretien d’embauche par exemple.
Aujourd’hui le regard des autres
a pris des proportions démesurées dans ma vie. Cette sensation n’est pas
apparue du jour au lendemain mais s’est amplifiée avec le temps. J’ai toujours
été très mal à l’aise dans les magasins, lorsqu’il s’agissait de demander un
renseignement à une vendeuse par exemple. D’ailleurs la plupart du temps je ne
le faisais pas. Les coups de téléphone étaient et sont toujours sources d’angoisse. Impossible de prendre rendez-vous
chez le médecin sans avoir des palpitations. Alors je prépare mon texte dans ma
tête, comme une actrice qui apprendrait son rôle par cœur, afin d’être le moins
mal à l’aise possible.
Mais le lycée reste l’endroit où
la peur du jugement est la plus angoissante car on y est jugé à longueur de
temps par les professeurs et les élèves.
Quand j’arrivais encore à y mettre les pieds, j’avais élaboré une stratégie
pour être le moins possible susceptible d’être « mal jugée » par les
professeurs. Tout d’abord le choix de la place était primordial : ni trop
près ni trop loin. Alors je m’asseyais systématiquement au milieu de la salle,
cachée par tous les autres élèves. Ensuite, le deuxième point très important
était de ne parler, ni aux professeurs dans le doute de formuler une réponse
fausse, ni à mes camarades pour ne pas risquer de me faire remarquer. Enfin, il
fallait avoir de bonnes notes, toujours, pour ne pas voir à subir la foudre des
enseignants. Cette technique, malheureusement, n’était pas infaillible puisqu’elle
ne les empêchait pas de me poser des questions pendant le cours. Questions dont,
dans 90% des cas, je connaissais la réponse mais auxquelles j’étais incapable
de répondre à l’oral, paniquée par cette intervention inattendue, imprévue et
donc non contrôlée.
Car c’est cela aujourd’hui qui
me pose problème : le contrôle. Je voudrais pouvoir tout contrôler, tout
planifier, afin d’éviter les imprévus et de me rassurer. Mais voilà, la vie est
pleine d’imprévus, ce qui d’ailleurs fait son charme, mais auxquels à présent je ne peux plus faire face
Alors, pour revenir sur ma phrase d’introduction, je
dirais que Sartre a raison, que « L’Enfer, c’est les autres », car nous
ne les contrôlons pas et que leur jugement nous terrifie. Mais je dirais aussi
que L’enfer, c’est nous même, car on s’inflige une pression colossale tout en sachant
qu’elle est irraisonnable et qu’elle nous fera souffrir d’avantage. Alors que
faire ? Couper tout contact avec les autres ? Les fuir ? J’aimerai
tant, mais je sais, au fond de moi que cela ne ferait qu’aggraver la situation.
C’est pour cela que je me bats chaque jour contre moi-même, pour ne pas toucher
le fond, car je ne suis pas sure que, si cela arrive, je serai capable de remonter à la surface. Oui c’est
pénible. Oui c’est difficile. Oui c’est épuisant. Mais c’est vital.
Je voudrais donc féliciter et
encourager tous ceux qui, comme moi, livrent bataille un peu plus chaque jour,
pour s’en sortir, pour ne pas couler. Cette volonté est notre force, et cela
personne ne nous l’enlèvera, pas même cette chose qui nous dévore de l’intérieur.
R.
Magnifique!!! Je ne trouve pas d'autres mots.. Tellement vrai. Oups!! J'ai oublié de te dire coucou c'est moi Karel, je pense que ma fille se reconnaîtra totalement dans ce texte. Elle va sans doute te laisser un com elle aussi. Elle a été touchée comme moi par tes mots. Tout est vrai dans ce que tu dis, j'ai l'impression que c'est ma fille qui me parle.. c'est dingue.. Continue ainsi je pense que vraiment cela te fait du bien. Et oui vous êtes des personnes fortes avec une volonté féroce d'y arriver, croyez en vous. C'est ce que je dis à ma fille, qu'elle doit croire en elle autant que moi je crois en elle.
RépondreSupprimerEn tout cas merci de me lire si souvent c'est très gentil!
SupprimerL'enfer c'est les autres ... Wow ! Comme c'est vrai. (c'est Sarah ^^) Leur regard qui coulent sur nous, leur sourire moqueur, leur rire, leur mots. Tout est fait pour nous blessé. Et ça fonctionne. On a parfois le courage de répondre, parfois une personne se mets en travers et répond à notre place. Et parfois personne ne dit rien, on les laisse parler, on les laisse rire parce que dans le fond, quoi qu'on fasse, ils recommenceront et qu'on a même plus la force de lever le regard vers ceux qui nous pourrissent la vie. Si je suis ici, c'est à cause d'eux. Des autres. J'ai mis 15 ans à réussir à avouer à ma mère que j'étais maltraité à l'école, 15 ans ! Et toutes ces critiques, toutes ces moqueries, tout ces gestes, tout ces rires m'ont précipité dans le vide. Dans une chute longue et douloureuse. Je n'ai rien oublier. Pas un mot, pas un visage, pas une voix. Rien. Ca me hante. Parfois je m'imaginais me la jouer à la Voldemort et faire un véritabe massacre ... Mais la plupart du temps je m'imaginais sauter par la fenêtre du troisième étage du collège. Tout ça à cause des autres.
RépondreSupprimerL'enfer, c'est les autres.
Les autres pourtant, ne riment pas toujours avec l'enfer, loin de là. Un jour, on rencontre des personnes formidable, des personnes qui nous tire vers le haut, qui ne nous jugent pas. Des personnes qui se coupent en quatre pour nous, qui viennent dans le fond du trou pour nous apporter un peu de lumière et de force. Ne te prive pas de ça. La vie est belle, les hommes l'ont rendu dure. Mais avec de la force, du courage et du soutiens, on s'en sors. Tu t'en sortiras aussi. Parce que tu as la volonté de le faire ! Et c'est déjà un grand pas. Avancer petit à petit.
Continue à poster des textes aussi beau et dans lesquels on se retrouve (Le téléphone par exemple est aussi un énorme problème chez moi, et aujourd'hui je dois envoyer un devoir audio, l'angoisse totale !)
Bon courage ! Et désolé pour le long commentaire.
Sarah
"désolé pour le long commentaire"?!Mais tu n'as pas à être désolée du tout bien au contraire, ça me fait très plaisir que tu viennes chaque jour et que tu prennes également le temps de commenter. Bon courage à toi! =)
SupprimerEncore une fois ton texte est très touchant.Ma fille atteinte de phobie depuis septembre sombre peu à peu dans une phobie sociale,elle me dit qu'elle a peur de tout,c'est terrible.Elle qui faisait tant de choses "avant",j'ai parfois l'impression d'avoir "perdu" ma petite fille,elle n'a que 11 ans et ne comprend pas ce qui lui arrive.J'ai parfois l'impression qu'elle se noie,nous nous battons pour qu'elle reste en surface chaque jour,c'est une vrai bataille au quotidien.J'aimerai tant avoir une baguette magique,surtout qd elle me regarde avec son regard triste plein de larmes en me disant qu'elle en a marre....Bon courage à toi et merci pour tes écrits.
RépondreSupprimerHélène.
Bravo pour ton courage et ton investissement auprès de ta fille. Ce n'est sûrement pas facile mais c'est très courageux de la soutenir comme tu le fait. En espérant que son état s'améliore peu à peu
SupprimerEt oui, je pense qu'il ne faut pas oublier que l'enfer, c'est aussi nous-même qui le causons. As-tu peur de ne pas être assez "performante" en cours? Tu parles en effet de vouloir avoir de bonnes notes, de ne pas donner de réponses fausses à tes professeurs. Ensuite, tes mots me font penser aussi à une certaine angoisse de l'inconnu (tu parles de l'imprévu, etc.) mais après bien entendu je peux me tromper!
RépondreSupprimerAprès oui, la phobie scolaire engendre beaucoup de souffrance non seulement pour la personne qui la subit, qui a créé cet enfer, et pour l'entourage proche... Mais concernant la phobie scolaire, j'aurais plutôt tendance à penser que l'enfer, c'est nous-même tout court, parce qu'on s'inflige un certain nombre de contraintes, parce qu'on développe une peur panique de l'école alors qu'au fond c'est complètement stupide! Il n'y a aucun danger à l'école, on peut même se mettre la pression pour toujours finir parmi les premiers... Ensuite, je ne nie pas l'impact que peuvent avoir les autres dans l'émergence d'une phobie scolaire, je pense notamment au harcèlement scolaire.
Titane.
Félicitations pour avoir réussi à te sortir de ce cercle vicieux, c'est une grande preuve de ton courage et de ta volonté. J’espère y arriver un jour! Et merci de continuer à prendre le temps de parler avec ceux qui luttent encore.
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