mardi 14 février 2012

Life is tough


En France, la plupart des enfants vont à l’école pour la première fois à l’âge de deux ou trois ans. Le premier jour est toujours difficile, voire déchirant pour certains enfants.  Ils pleurent, hurlent, tapent du pied… Mais au bout de quelques jours ou quelques semaines, tout cela n’est plus qu’un vilain souvenir. L’enfant s’est fait des amis, et commence à apprécier les « joies » de l’école.  Pour la quasi-totalité de ces enfants, dans le futur,  aller à l’école ne sera qu’un acte banal parmi tant d’autres. Une obligation qui ne les embêtera pas plus que ça, et parfois qui les réjouira. Ils s’y rendront avec plus ou moins de plaisir, mais sans crainte ni trop grande appréhension.
Mais pour les autres, ces quelques enfants « à part », ce ne sera jamais évident. Ils devront se forcer toujours un peu plus que les autres, souffrir un peu plus, surmonter leurs angoisses, faire face à ce que notre société leur impose. Et puis un jour, ça deviendra trop dur, insurmontable, impossible, irréalisable.  

Alors aujourd’hui je m’indigne ! Je maudis ce système français qui ne pense pas à nous, ces enfants différents,  qui ne prévois quasiment rien pour nous aider rapidement et efficacement.  Nous sommes comme des petits poissons qui subitement n’arriveraient plus à nager et se noieraient peu à peu dans cet immense océan qu’est la société actuelle. Au début les gens s’inquiètent, compatissent, parfois se moquent… Mais très vite on tombe dans l’oubli. Ne vous méprenez pas ce n’est pas ceux  qui y arrivent que je blâme mais notre système car eux sont dans un train qui continue à avancer, sans arrêt, sans se préoccuper des retardataires.

Dans mon cas, c’est un sentiment d’incompréhension qui est très vite apparu. Mes professeurs, mes amis, ma famille, tous étaient surpris, étonnés, que moi, une si bonne et si discrète élève, soit, d’un coup d’un seul, incapable de mettre les pieds au lycée. En réalité ça m’a toujours pendu au nez sans que personne, moi compris, ne s’en rende compte avant que ce soit trop tard, que je craque…
Aujourd’hui, quand on me demande comment je vais, je réponds quasiment toujours « on fait aller ». Mais c’est faux, complétement faux. Car le jour où je n’ai pas réussi à aller au lycée, j’ai perdu le contrôle de moi-même, de ma santé, de mon état physique et psychologique.  Je suis condamnée à subir ce que mon inconscient m’impose chaque jour.

C’est au moment du coucher que ma « maladie » ce manifeste dans toute sa splendeur. Impossible d’enfiler mon pyjama, de me mettre au lit, d’éteindre la lumière, sans qu’une crise, plus ou moins douloureuse, ait lieu. Alors je crie, je suffoque, je perds pied. Je suis dominée par une force intérieure indéfinissable qui me dévore de l’intérieur. J’entends mes proches qui tentent de m’apaiser, de stopper cette souffrance mais impossible de les écouter. Impossible de leur parler, d’ouvrir les yeux, parfois même de bouger. Les minutes qui s’écoulent me paraissent alors des heures, m’épuisent et surtout m’effraient. Mais je ne suis pas la seule, personne ne me le dis, mais je sais que je leur fais peur, ou plutôt que cette force les terrifie. Me voir perdre le contrôle de moi-même est devenu pour eux difficile, je le sais, je le sens et pourtant je ne peux rien faire pour y remédier, pour les rassurer. 
Alors pour contrer cette peur qui me dévore de l’intérieur, je prends des médicaments pour pouvoir dormir. Mais une fois endormie, les cauchemars s’enchainent, parfois même je rêve que je fais des crises. Au réveil je suis épuisée, car au lieu de me reposer pendant la nuit, j’ai encore livré bataille contre moi-même. Parfois, rien que monter les escaliers m’épuisent. D’ailleurs si aujourd’hui je devais choisir un terme pour me qualifier, ce serait « épuisée ».

Alors si vous me lisez, parent ou enfant, sachez que vous n’êtes pas seuls. Chaque histoire est différente mais toutes présentent des similitudes. Merci à ceux qui m’ont laissé ces merveilleux messages de soutien. Qui et où que vous soyez, je pense à vous et vous envoie tout le courage que je possède.

R.

3 commentaires:

  1. Bonjour Raphaëlle, je suis Karel la maman de Sarah qui souffre comme toi. Je t'ai déjà mis un com sur ton premier témoignage, et je continue. Tu es totalement lucide sur ce qui t'arrive et sur ce qui arrive aux autres enfants comme toi, qui sont dans le même cas, et tes mots sont simples et tellement vrai, comment ne pas être touché par tes écrits!!! Continue ça doit te faire le plus grand bien, et c'est ce qui compte. Encore une fois j'insiste mais vraiment le temps est important dans cette maladie, il n'y a pas de course à faire juste prendre le temps nécessaire pour arriver à avancer. Quant au mot "EPUISE" tu l'as bien trouvé c'est tout à fait ça, aussi bien pour vous les enfants que pour nous les parents. Quand avec ma fille nous sommes au bout du rouleau alors on décide de ne rien faire durant une journée, on va se promener dans un parc une heure ou deux, on pense à autre chose, on prend le temps de regarder la nature, d'apprécier la vie, sans penser à l'école ou aux contraintes de la société qui nous impose tant de choses. Bref on décompresse à notre façon, puis on rentre et Sarah écrit, moi je lis. Bref on s'évade..
    Bon courage et continue à écrire sur ton blog. Merci.

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  2. Re bonjour :)
    C'est encore moi (Sarah) Tu as eu des commentaires de ma maman (Karel) je vais dire à peu près la même chose qu'elle : comment ne pas être touché par ce que tu écris ? Et comment ne pas se sentir concerné. Tout correspond, c'est le soir que ça devient plus dur. Pour moi c'est quand je me retrouve seul, je vais me coucher, épuisée, mais le sommeil ne vient pas, je tourne, retourne mais impossible de dormir et j'ai une boule dans le ventre qui commence à se créer petit à petit. Alors, j'ai ma petite technique : je fuis. Ben oui, impossible de m'assommer moi même, alors je fuis, je m'imagine à des kilomètres de là, dans un chalet à la montagne, sur une plage déserte, n'importe où, à faire ce que je veux, et je m'endors paisiblement. En fait j'ai ma petite bulle que je transporte partout avec moi et dans laquelle je me réfugie quand ça devient trop dur. Tu devrais essayer, on ne sait jamais.
    Bref, j'aime beaucoup ce que tu écris, c'est déjà un pas en avant d'avoir fait ce blog, d'avoir le courage de dénoncer toutes ces choses qui ne devraient pas être permise. Nous sommes des laissé pour compte. Des jouets dont personne ne veut et que personne ne s'embête à réparer. Ca aussi ça devrait être interdit et punissable ! Mais puisque tel n'est pas le cas, c'est à nous de savoir en tirer parti. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort n'est-ce pas ? Le fait que tu l'écrive c'est un énorme pas (je l'ai déjà dis mais j'insiste !) Et un jours, tu te relèvera !
    On est derrière toi, on te soutiens, tu n'es pas seule !
    Bonne continuation, et continu d'écrire des texte si beau !
    Sarah.

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  3. Merci pour ce deuxième commentaire très touchant!

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